L'Evangile selon St George

La nuit était douce, presque sainte en ce 14 novembre 2006 à Anvers.
Des milliers de fidèles se pressaient pour entrer dans le sacrosaint Sportpaleis d'Anvers qui accueillait une véritable icône de la musique pop : George Michael.
Admirateur convaincu depuis 1984 du chanteur/compositeur de génie, je suivais le troupeau qui allait se sacrifier, toutes et tous consentants, à ses 25 années tubesques qu'il allait répandre comme de l'encens pendant un peu plus de deux heures.
Il fallait se lever tôt pour avoir sa place dans l'Eglise de Monseigneur Panayiotou (vrai nom de la star).
Tel un vrai chrétien, j'aurais voulu être jeté dans la fosse mais d'autres avaient été bien plus rapides que moi. J'étais donc fasse à la...cène, assis, mais tel St Thomas, ne croyant pas à ce que je voyais, à l'endroit où j'étais et sans doute, à ce que j'allais entendre.
Je regardais autour de moi : que des trentenaires, des couples dans la quarantaine, hétéros ou homos mais pas un seul ado. Il faut croire qu'on n'apprend plus le catéchisme de la bonne pop sur MTV ou à la Star Académy.
20h49...Les lumières s'éteignent et des premiers riffs d'une guitare sèche annonce le début de l'homélie.
Ce sera Homélie Poulain et son fabuleux destin.
"Waiting" résonne et les premières notes chantées par l'enfant de choeur sont irréprochables.
Dans les tribunes, tout le monde écoute assis la puissance vocale du chanteur.
Son apparition, tel Lazar sortant du tombeau ouvert, provoque des cris revenus des années 80.
Et dès le second morceau, "Flawless", tout le monde se lève, prend son missel et récite "You've got to go to the city" en communion avec St George.
Sur "Everything she wants", issu du répertoire de Wham! , l'ambiance monte d'un cran.
Devant moi, un blondinet se contorsionne avec un bonheurvraiment béat. Il a la...béatitude.
Des images doivent se bousculer dans sa tête : Goldorak, son Rubik'scube qu'il n'a jamais pu terminer, ses T-shirt jaune flo et son cartable en toile de jute sur lequel il avait inscrit au gros feutre noir, outre le nom de Wham !, ceux de Duran Duran, Paul Young ou encore Frankie Goes to Holywood...
George Michael calme ses disciples dissipés en enchaînant avec un slow dont il a le secret.
Tout le monde se rasseoit. Ecoute la parabole de St George verset 12.
Sur "Praying for time", il marchera même sur les eaux pendant que derrière lui, le soleil se couche. Et tout comme à la messe, on se relève à nouveau pour bouger en cadence sur "Star People".
Lève toi et danse.
On pourra regretter l'absence totale d'improvisation durant cette célébration, coupée en deux par un entracte de 20 minutes avec décompte final projeté sur l'écran qui dépeint chaque atmosphère musicale.
Le chanteur britannique ne se risque plus de passer en voix de tête non plus, préférant laisser la tâche à ses choristes irréprochables ou tendant son micro vers les 10.000 spectateurs pour combler sa lacune. Si Dieu est un fumeur de havane, George est un fumeur de cannabis.
Autre constatation : l'ami George n'est pas un grand orateur ni un grand blagueur. "Sois mal rasé et chante" doit être sa devise.
Il faudra attendre 22h46 pour entendre un "Are you doing ?". Dommage.
Sur "Faith", on pouvait revoir notre ami blondinet se contorsionner de manière encore plus ridicule. Même chose plus tard, sur "I'm your man".
Il n'y avait pas de doute possible : ce type là s'est contenté d'acheter des Best Of du chanteur, depuis la fin des années 80.
Quelques rappels plus tard et un "Freedom 90" endiablé, la messe était dite.
Les fidèles pouvaient rentrer chez eux réciter leurs prières.
Le miracle avait bien eut lieu.
Amen.


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